De la vie citadine au maraîchage bio

Il y a de cela quelques semaines, mon ami Ramesh m’annonçait au détour d’une conversation sur Messenger: « Tu sais quoi Christelle? Je suis en train de construire ma ferme bio, c’est bientôt terminé! ». Ramesh est trentenaire comme moi, vit à Chennai Tamil Nadu, en Inde où il travaille comme photographe professionnel. Je suis restée bouche bée, je n’étais pas du tout au courant de ce projet !

Les personnes de mon entourage qui aspirent à un changement radical de vie se sont faites de plus en plus nombreuses au fil des ans. Certaines ont concrétisé cette envie, comme mes amis Louis et Elodie, originaires de Paris. Ils retapent en ce moment même une ferme dans le Nord de la France afin de proposer à la fois un lieu de bien-être pour les citadins et de répit pour les parents d’enfants porteurs de handicaps.

Je suis convaincue que ces projets reflètent le besoin plus global d’une génération, que ce soit dans mon pays ou ailleurs dans le monde, de se reconnecter à la nature plutôt qu’à des smartphones, de revenir à l’essentiel. C’est pourquoi j’ai décidé de partager l’impressionnant parcours de Ramesh :

Peux-tu m’en dire plus sur toi et ta vie à Chennai TN ?

Je suis originaire du Kerala. Quand je me suis installé à Chennai, le climat de la ville était assez exceptionnel. Mais tout à changé lorsque le secteur informatique s’y est implanté: pollution de l’air et de l’eau, nourriture de mauvaise qualité, gagner sa vie devenait plus difficile… Depuis 35 ans, je vis dans un quartier de la ville où le trafic est très saturé, alors que les endroits bondés ne sont pas trop ma tasse de thé.

Photographier la faune et la flore est ma grande passion. A chaque fois que je vais en forêt pour une séance photo, je n’ai aucune envie de retourner en ville, car pour moi être dans la nature, ça à vraiment plus de sens.

En 2005 mon hygiène de vie était devenue désastreuse. Je buvais deux litres de coca par jour, j’étais un habitué de la malbouffe. Travailler pendant 2 ou 3 jours d’affilé sans dormir faisait partie de mon quotidien. Je voyageais pour le boulot en Inde du Sud sans me bien nourrir et sans dormir suffisamment. J’avais la sensation que la photo me permettait de gagner ma vie et de vivre ma passion, je ne me posais pas plus de questions.

Comment l’idée du maraîchage bio a-t-elle germé ?

2013 a été un tournant dans ma vie. Cette année là, j’ai commencé à développer une  toux forte et sèche. Après plusieurs consultations, aucun médecin n’a pu poser de diagnostique. J’ai finalement atterri à l’hôpital où ils m’ont fait passer toutes sortes de tests. C’est là qu’on a découvert que mon taux de créatinine était très élevé. Les liquides qui n’étaient plus filtrés par mes reins étaient remontés dans mes poumons. Ma tension était tellement forte que mon muscle cardiaque s’était épaissi. J’avais développé une cardiomyopathie. Je suis resté dix jours à l’hôpital et j’ai du suivre un traitement pendant un mois. Après ça, j’ai continué le processus de guérison uniquement avec une hygiène alimentaire et un mode de vie irréprochables. Et ça a marché !

C’est à cette même période que j’ai commencé à lire des livres sur le Yoga, l’alimentation naturelle, la Siddha et l’Ayurveda [des médecines traditionnelles de l’Inde], pour petit à petit m’éloigner de la photographie.

Je me suis mis au Yoga et à la culture des plantes médicinales. J’en ai planté une centaine sur ma terrasse. J’ai aussi testé les bienfaits de différents aliments sur mon corps. Et puis, pour intensifier ma pratique j’ai suivi une formation de professeur de Yoga à l’Ashram Sivananda, où j’ai également appris la diète à base de jus (que je faisais déjà régulièrement).

Aujourd’hui, tout ceci prend une place prépondérante dans ma vie : je ne travaille que quelques jours par mois en tant que photographe pour me consacrer le reste du temps à la pratique du Yoga et l’approfondissement de mes connaissances.

En 2011, mon père avait acheté des terres à Panapakkam près d’Arakkonam dans le Tamil Nadu. Au départ, ce terrain était destiné à être revendu. Mais j’ai eu l’idée d’y transférer mes plantes médicinales et d’y construire un petit endroit pour vivre. La construction est en cours et sera normalement terminée d’ici quelques mois.

Ramesh avec les  ouvriers travaillant sur son terrain.

As-tu connaissance de projets similaires dans ton entourage proche ou lointain ?

Oui ! Trois de mes amis ont des projets similaires.

L’un d’entre eux était dans la vente de machines CNC avant de se reconvertir dans l’agriculture bio. Il s’est installé il y a trois ans et à déjà commencé à vendre des fruits. Il élève aussi vingt vaches laitières.

Un autre de mes amis travaille dans le secteur bancaire et à aussi l’intention de monter sa ferme bio. Il m’a rendu visite afin de collecter des informations pour sa nouvelle activité. Enfin, une ancienne camarade de classe à acheté des terres à la campagne. Elle quitte la ville le mois prochain.

Je trouve tout cela vraiment motivant car c’est l’occasion d’échanger des idées, des techniques, de bénéficier des expériences de chacun.

Qu’as-tu l’intention de cultiver?

Le bâtiment fera 92 mètres carrés, et le reste des terres (2700 mètres carrés) sera utilisé pour cultiver des fruits, des légumes et des plantes médicinales.

A Chennai j’ai eu l’occasion de tester différentes techniques de culture bio sur ma terrasse. Aujourd’hui les fermiers des alentours me donnent pas mal d’information. Ils sont plus que ravis de partager leurs connaissances. Ils m’ont récemment appris à planter des cocotiers en suivant une méthode très précise.

Je prépare aussi du Panchagavya, un mélange 100% naturel composé principalement d’urine et de bouse de vache ainsi que de lait. Cette mixture sert à la fois d’engrais et de pesticide.

Ma ferme est située dans une région où le climat est très chaud en été. J’ai donc l’intention de planter des margousiers, des bambous, des arbres du paradis, et des hêtres. Ils permettront d’apporter de la fraîcheur, de l’ombre et de purifier l’air.

Comment souhaites-tu faire évoluer ton projet ?

Pour le moment, je me concentre sur le développement de la ferme. Mais à terme, je souhaite vraiment faire profiter les autres de mon expérience. Je dis souvent que je veux vivre comme un arbre, car les arbres donnent (de la nourriture, du bien-être, un abri contre la pluie ou le soleil…) sans prendre quoi ce soit. Je veux partager ce que je sais et ce que j’ai.

J’ai l’intention de créer un centre de yoga en parallèle de l’activité maraîchère. Les gens pourront venir en retraite dans un environnement calme, et bénéficier dans le même temps d’une nourriture saine et naturelle. Un autre projet serait de mettre en place des ateliers de jardinage pour les enfants car je pense qu’il est absolument essentiel d’aider les futures générations à se rapprocher de la nature.

C’est aussi l’occasion pour moi de sensibiliser les gens sur l’agriculture. Je trouve cela désolant que si peu de gens se rendent compte du travail et du dévouement nécessaires à la production de choses aussi indispensables pour nous. Nous avons tendance à ne pas apprécier la nourriture qui se trouve dans nos assiettes à sa juste valeur. N’oublions pas que ce sont les agriculteurs qui nous nourrissent.

Si vous souhaitez partager votre expérience, ou vos impressions sur l’histoire de Ramesh, n’hésitez pas à  laisser un commentaire !

 

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